INTERVIEW DU PRODUCTEUR D'HARRY POTTER

 

 

INTERVIEW - Le Britannique David Heyman, le fondateur de la maison de production indépendante Heyday Films, est le producteur de la saga «Harry Potter» depuis 2001.

LE FIGARO. - « Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé » est en train de battre des records dans le monde. Quel est son secret ?
David HEYMAN.- J'aimerais bien, moi-même, connaître le secret de ce succès. Ce qui est certain, c'est que nous bénéficions d'histoires formidables qui se réinventent et se renouvellent à chaque épisode. La grande force de Harry Potter est cette capacité de susciter l'affection pour ces personnages qui grandissent en même temps que leur public. Il y a donc une forme d'appropriation des personnages mais surtout un grand plaisir à les retrouver.

La promotion de ce sixième épisode est-elle différente des précédentes ?
Les équipes de la Warner ont tout à la fois une grande fierté et une affection réelle pour le film. Ce lancement a fait preuve d'une grande modernité par rapport aux précédents. Notamment par le ton donné via les extraits choisis pour la promotion du film. Dans un premier temps, sans en gommer les aspects noirs et sombres, nous n'avons pas ensuite négligé l'humour et, bien sûr, insisté sur la dimension désormais mythique de l'histoire.

Les dépenses marketing sont un budget à part entière. Ce qui change aujourd'hui, c'est sans doute moins les sommes mises en jeu que la manière de dépenser l'argent. Jusqu'à présent, la presse jouait un rôle majeur dans la promotion d'un film. Ce rôle est désormais dévolu non seulement à la télévision, mais surtout aux médias en ligne. Car c'est là où le public se trouve. C'est un changement radical qui s'opère dans les politiques marketing des studios.

Quel est l'intérêt de privilégier une sortie mondiale comme vous venez de le faire pour «Harry Potter» ?
Il y a deux raisons à cela. La première est incontestablement celle de la piraterie des œuvres sur Internet. Diffuser le film le plus largement possible au même moment est la meilleure manière de le protéger. Il est aussi intéressant de capitaliser sur cette accélération de la diffusion de l'information : déclinés dans le monde entier, les plans promotionnels vont se relayer et amplifier l'ampleur de l'événement. En articulant la promotion et les différentes premières sorties dans plusieurs capitales à quelques jours d'intervalle, on concentre les moyens sur quelques semaines seulement, entre deux et six maximum. Ce qui intensifie le démarrage. Il ne faut pas oublier que le dernier épisode, Harry Potter et l'ordre du Phénix, a réalisé plus du double de recettes à l'international qu'aux États-Unis.

Comment se répartissent les recettes de « Harry Potter » entre les différents modes d'exploitation ?
Les équilibres sont assez stables, si ce n'est bien sûr la part de la vidéo qui s'effrite du fait du piratage. Mais, grosso modo, les entrées en salles couvrent en général le budget du film (200 millions de dollars estimés pour le 6e volet, NDLR) et les investissements marketing. C'est essentiellement sur les autres formes d'exploitation que l'on gagne de l'argent. Harry Potter est devenu quasiment une marque. Nous sommes, en effet, en train de développer un parc d'attractions en Floride qui lui est consacré. Et Harry Potter est même entré au musée puisque le Musée des sciences et de l'industrie de Chicago lui consacre une exposition. Par ailleurs, nous sommes en train de rééditer les coffrets vidéo qui permettra à terme d'avoir huit DVD recélant des matériaux inédits du tournage. Mais il ne faut pas perdre de vue que tout commence avec le film et, bien sûr, avant cela avec le livre. Ce sont les locomotives qui tirent tout le reste.

La crise financière menace-t-elle les deux prochains épisodes prévus pour 2010 et 2011 ?
Non. Les studios ont tendance à se concentrer sur les productions qui mettent en valeur des marques comme Batmann, Spiderman ou Harry Potter, plus faciles à «marketer» et leur assurant une proportion croissante de nouveaux revenus. En revanche, la planète financière a rendu le métier plus conservateur et les studios sont enclins à se séparer de leurs structures indépendantes. Le magnifique succès commercial d'un Slumdog Millionaire ne permettra pas d'inverser la tendance. À cela s'ajoute la disparition croissante des sociétés de distribution indépendantes : même si je suis le producteur chanceux de Harry Potter aujourd'hui, il me sera très difficile de soutenir une très belle comédie fine et intelligente. Il est peu probable que je trouve un distributeur. À l'avenir, il y aura de moins en moins de place pour le film d'auteur. Ce qui est triste.

Que vont changer les nouvelles technologies pour votre industrie ?
Les nouvelles technologies bénéficieront principalement aux superproductions comme Harry Potter ou Spiderman, notamment via l'Imax et la 3D qui feront que le cinéma restera une expérience à partager. En revanche, si les nouvelles technologies permettent de continuer à faire du cinéma un événement à très grand spectacle, elles favorisent aussi le piratage. Son impact est le danger le plus grand pour notre industrie. Rares sont ceux qui considèrent que pirater, c'est voler. Toute une filière - de la production du film au pressage des DVD - est menacée, d'autant que les marges ne sont pas si importantes, en particulier sur les entrées en salle. Les segments directement touchés comme la vidéo ou la télévision sont les véhicules qui permettent de gagner de l'argent et donc de financer les films.



23/07/2009
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